50 ans d’Éducation et francophonie

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14 octobre 2022
par Francosphère

La revue scientifique de l’ACELF, Éducation et francophonie, fête ses 50 ans. Ancrée dans l’actualité, et avant-gardiste à bien des égards, elle est plus que jamais incontournable. D’ailleurs, pour marquer son demi-siècle d’existence, le numéro «50 ans de la revue Éducation et francophonie» souligne en grand cet anniversaire. Et on a voulu en savoir plus. Qu’est-ce qui fait qu’elle se distingue des autres revues? Comment expliquer sa longévité? Et pourquoi devriez-vous vraiment l’ajouter à votre liste de lectures, si ce n’est pas déjà fait? On a rencontré trois personnes passionnantes qui ont assumé ou qui assument présentement la présidence du comité de rédaction de la revue pour répondre à nos questions. Découvrez les propos de Mariette Théberge (présidente entre 1998 et 2013), Lucie DeBlois (présidente entre 2013 à 2019) et Anderson Araújo-Oliveira (actuel président depuis 2021).

Des résultats de recherche inédits sur l’éducation

Mais d’abord, connaissez-vous déjà Éducation et francophonie? Un peu? Beaucoup? Pas du tout? C’est une revue scientifique arbitrée qui présente des résultats de recherche inédits sur l’éducation en langue française. Elle participe à l’avancement des connaissances en éducation francophone, particulièrement au Canada et stimule la réflexion des leaders du domaine. Notamment «en émettant des questionnements critiques [et en favorisant] la prise de conscience de certains enjeux», explique Mariette Théberge, professeure titulaire à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, et membre honoraire de l’ACELF. Faisant appel à la contribution de chercheuses et de chercheurs à travers la francophonie canadienne et internationale, la revue «contribue à alimenter la diversité des points de vue», souligne Lucie DeBlois, professeure titulaire retraitée de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, et également membre honoraire de l’ACELF.

Toujours à l’affût, Éducation et francophonie propose 2 à 3 numéros annuels «sur des enjeux actuels dans le monde de l’éducation ou des enjeux de société susceptibles d’avoir des impacts dans les milieux éducatifs francophones. Il s’agit souvent de sujets qui ont été peu traités par d’autres revues en français», explique Anderson Araújo-Oliveira, professeur titulaire de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal.

Une revue unique

Selon Mariette Théberge, contribuer à la revue scientifique de l’ACELF, «c’est participer à un mouvement qui traverse la francophonie». Ce sentiment explique d’ailleurs peut-être pourquoi cette revue n’est pas comme les autres. Car cette publication scientifique ne nous fait pas seulement découvrir des études éclairantes en éducation, elle nous fait rayonner en tant de francophones.

«Je pense que cette revue-là a un mandat important. Un mandat social, culturel, mais aussi politique. Pourquoi? Parce qu’elle fait la promotion de l’éducation en français et de la production de connaissances scientifiques dans cette langue. Je pense que, de cette façon, elle contribue directement au maintien de la langue française au Canada, mais aussi à son évolution», commente Anderson Araújo-Oliveira. Car, «pour maintenir une langue vivante, il faut valoriser l’éducation et la production de connaissances dans cette langue», ajoute-t-il en mentionnant que la revue Éducation et francophonie participe à cette vitalité.

Mariette Théberge adopte aussi une telle vision. «C’est l’une des revues qui participent, comme l’ACELF, à la construction identitaire francophone. Cette revue-là y contribue, non seulement parce qu’elle existe, mais aussi grâce à son contenu. [En diffusant des études réalisées dans nos milieux éducatifs,] elle donne la parole à des communautés minoritaires francophones. Et ces paroles-là, diffusées sur le Web, n’apparaissent pas comme minoritaires parce que leur valeur est reconnue [grâce au rayonnement et à la crédibilité d’Éducation et francophonie]. Cela favorise et valorise la construction des communautés, leur affirmation. La revue a cet effet-là», pense-t-elle.

Actuelle, depuis 50 ans

Comment cette publication d’un demi-siècle a-t-elle réussi à rester jeune et à perdurer dans le temps? Sans doute est-ce parce qu’elle a su habilement s’adapter. C’est d’ailleurs le portrait que dresse Michel Verrette, professeur titulaire retraité de l’Université de Saint-Boniface, dans son article «Éducation et francophonie: cinquante ans de lutte et de partage pédagogique dans les francophonies canadienne et internationale». En effet, Éducation et francophonie a complété, entre 1988 et 1996, un important virage scientifique, entre autres en intégrant le principe d’évaluation par les pairs. «C’est un choix qui a vraiment servi nos milieux francophones», explique Mariette Théberge.

«Il faut se replacer à cette époque-là. Dans les années 90, la valorisation du savoir et la recherche n’étaient pas nécessairement intégrées dans tous les milieux de l’éducation. La revue a joué un rôle [dans cette valorisation en démontrant que] nous avions de la recherche en français, au Canada, et en collaboration avec d’autres pays francophones, et que [nous pouvions diffuser] une revue de calibre scientifique pour parler de nos problématiques. C’était une validation de la possibilité de communiquer un savoir scientifique», ajoute-t-elle.

«Je pense aussi que ce qui a aidé [la revue à poursuivre son ascension], c’est la rapidité avec laquelle elle est devenue électronique [c’est-à-dire en 1996]. On a devancé plusieurs revues qui sont devenues électroniques presque 10 ans après celle-ci. C’était précurseur», poursuit Mariette Théberge.

Le produit d’une collégialité

Mais d’autres raisons expliquent également le succès d’Éducation et francophonie. Notamment ce qui unit l’équipe qui travaille sur les numéros de la revue. Et sur ce point, Mariette Théberge, Lucie DeBlois et Anderson Araújo-Oliveira sont unanimes. Ce sont la bienveillance et la collégialité qui caractérisent le travail du comité de rédaction de la revue et leurs interactions avec les rédactions invitées. D’ailleurs, en revenant sur ses 20 années d’implication au sein du comité de la revue, Lucie DeBlois explique que «ce qui était plaisant, c’est qu’on pouvait parler sans peur du jugement. Notre préoccupation était de rendre les articles meilleurs, plus pertinents, plus transparents, plus explicites pour des étudiantes et des étudiants. Les commentaires étaient bienveillants».

Et le tout est nourri par une pluralité de points de vue, notamment parce qu’«au sein du comité de rédaction de la revue, il y a une belle diversité. Il est composé de chercheurs et chercheuses provenant de différents coins du Canada, ce qui nous permet de nous enrichir de différentes visions, différentes préoccupations», ajoute Anderson Araújo-Oliveira.

Les deux ex-présidentes et l’actuel président mentionnent de plus qu’un autre aspect peut expliquer la pérennité de cette publication scientifique. «Le comité de rédaction de la revue est supporté par une équipe [l’ACELF, et plus spécifiquement une employée dédiée à l’édition de la revue]. Ça crée un climat de travail beaucoup plus souple, beaucoup moins tendu parce qu’on sait qu’on a de l’aide. Le support qui est offert par l’ACELF au comité de rédaction a définitivement, à mon avis, un effet sur la nature du suivi qui est fait pour obtenir des textes qui répondent aux besoins du comité de rédaction puis, à ce moment-là, permet des publications vraiment originales, organisées de façon à la fois conviviale et rigoureuse», explique Lucie DeBlois.

Un savoir accessible

Mais en quoi la revue Éducation et francophonie est-elle intéressante à lire pour quelqu’un qui étudie en éducation? Ou pour une personne qui travaille dans un milieu éducatif de langue française au pays? Elle permet de développer des connaissances, de découvrir des pistes de solutions et d’approfondir des questionnements sur des sujets qui sont susceptibles d’être abordés en cours et qui sont vécus dans les milieux éducatifs. Et ce, en présentant un contenu «rigoureux, de grande qualité, clair et accessible», explique Anderson Araújo-Oliveira.

«Les articles qui sont publiés dans la revue permettent d’être en contact avec les questionnements qu’une chercheuse ou qu’un chercheur a décidé d’investiguer. Ça permet aux étudiantes et étudiants de se rendre compte qu’en éducation, comme dans beaucoup d’autres domaines, ce n’est pas noir ou blanc», explique Lucie DeBlois. Cette dernière souligne que la lecture des articles de la revue peut aider les étudiantes et étudiants à «développer un jugement professionnel nuancé».

Dans un monde scientifique dominé par l’anglais, Éducation et francophonie propose des articles en français qui sont par ailleurs «une source d’inspiration. Ça simplifie aussi beaucoup l’apprentissage», ajoute Mariette Théberge.

Un 50e numéro captivant

En somme, Éducation et francophonie a été, au cours des années, à la fois témoin et actrice de l’évolution des milieux éducatifs de langue française en contexte minoritaire au pays. Ce n’est donc pas étonnant que son numéro «50 ans de la revue Éducation et francophonie», paru à l’automne 2022, souligne ce parcours. Il porte un regard rétrospectif, tout en mettant en évidence les enjeux relatifs à l’éducation de langue française en contextes minoritaires canadiens qui se profilent pour l’avenir.

 

 

L’ACELF remercie les partenaires financiers de la revue Éducation et francophonie: le ministère du Patrimoine canadien dans le cadre du programme Développement des communautés de langue officielle et le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) ainsi que la plateforme web Érudit pour la diffusion.

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