Traverser la crise: le rôle clé des ressources socio-émotionnelles
Des effets dévastateurs. De profonds bouleversements. Mais surtout, une remarquable résilience humaine.
La pandémie de la COVID-19 a été une période particulièrement éprouvante pour les étudiantes et étudiants. Pourtant, Julia Therrien, alors en 3ᵉ année d’études postsecondaires, est parvenue malgré tout à vivre de bons moments. Et elle n’est pas la seule: plusieurs autres ont fait preuve d’une étonnante résilience. Julia se pose la question: «Qu’est-ce qui a permis de protéger les étudiantes et les étudiants durant la pandémie?»
Pour y répondre, elle s’appuie sur le modèle des ressources socio-émotionnelles (RSÉ) développé par sa superviseure au baccalauréat, Kathleen Hugues, professeure au département de psychologie de l’Université de Calgary. Ensemble, elles étudient le rôle des RSÉ comme facteurs de protection en situation de crise. Les résultats de leurs recherches sont présentés dans l’article Ressources socio-émotionnelles comme facteurs de protection favorisant l’épanouissement des étudiants universitaires durant la pandémie de COVID-19, paru dans le numéro de l’automne 2025 de la revue scientifique Éducation et francophonie: Répercussions de la COVID-19 sur les actrices et les acteurs des systèmes éducatifs.
Nous avons rencontré Julia pour en savoir plus.
Apprendre des moments difficiles
«Je ne voulais pas nier les effets négatifs de la pandémie. Mais ce qui m’intéresse dans mes recherches, c’est la résilience humaine», explique-t-elle.
La résilience, c’est ce qui permet à une personne de surmonter des moments difficiles. «Si les RSÉ sont un facteur de protection, ça va avoir des implications pour les interventions qu’on pourra mettre en place plus tôt dans la vie.»
Quelles sont ces fameuses ressources socio-émotionnelles (RSÉ)? Il s’agit de l’empathie, de la régulation émotionnelle, de l’adaptabilité, de la conscience de soi et de l’assertivité. «Ce sont des qualités fondamentales pour le bien-être», explique Julia. Ces véritables compétences de vie favorisent le succès dans plusieurs domaines: scolaire, interpersonnel, personnel, etc. En éducation, on parle de compétences socio-émotionnelles et on reconnaît de plus en plus leur importance. Les recherches de Julia et Kathleen démontrent la pertinence d’intégrer le développement de ces compétences dans les programmes scolaires. Les RSÉ ont agi comme facteur de protection dans une période de crise et permettent d’atteindre ses objectifs, et ce, peu importe le contexte social ou émotionnel dans lequel on se trouve.

Un facteur de protection pour tout le monde
Minorité ethnique. Minorité sexuelle. Personne en situation de handicap. Peu importe les contextes de vie, les étudiantes et étudiants universitaires qui ont participé à l’étude partageaient un point commun: leur niveau de RSÉ était lié à leur capacité à faire preuve de résilience. Les ressources socio-émotionnelles constituaient le facteur favorisant le bien-être le plus important durant la pandémie.
«Les RSÉ ont agi comme facteur de protection durant la pandémie, au-delà des effets contextuels. Alors au-delà du vécu. Ce qui est super excitant parce que ça veut dire que ce sont des ressources dans lesquelles c’est payant d’investir et autour desquelles on pourrait, entre autres, bâtir des programmes», souligne Julia. Même si on ne peut pas toujours agir sur les circonstances de vie, on peut développer les RSÉ et améliorer le bien-être et les chances de succès des enfants et des élèves.
Réussir malgré tout
Les recherches de Julia et Kathleen montrent également qu’on peut s’appuyer sur un autre domaine souvent perçu comme hors de notre contrôle: le bien-être émotionnel. L’étudiante au doctorat explique: «Intuitivement, on peut penser que le bien-être objectif et le bien-être subjectif sont liés. Parce que si je me sens bien, je vais réussir. Ou vice-versa, si je réussis, je me sens bien. Mais en fait, ce sont deux concepts complètement distincts.»
Des participants de l’étude présentaient un bien-être objectif élevé — emploi, réussite scolaire, engagement parascolaire, stabilité dans les relations amoureuses ou d’amitié — tout en rapportant un bien-être émotionnel en difficulté. «La résilience liée aux réseaux sociaux émotionnels permet de progresser et de persévérer malgré tout vers nos buts, nos objectifs», poursuit Julia.
Les RSÉ et les milieux éducatifs
«L’adversité, c’est inévitable. Alors, c’est important de comprendre comment préparer nos jeunes pour le futur et pour les moments difficiles», insiste l’étudiante au doctorat. «Comme les ressources socio-émotionnelles sont un des facteurs de protection importants, il faut trouver un moyen de les développer dans la population le plus tôt possible», poursuit-elle.
Les milieux éducatifs jouent ici un rôle central. À travers le continuum éducatif, les opportunités de développer les RSÉ sont multiples. Que ce soit en les intégrant dans les programmes d’études ou en ayant une discussion informelle sur l’empathie avec les élèves, chaque action compte. En plus de développer la résilience des élèves, ce travail permet d’améliorer leur sentiment de bien-être dans leur milieu éducatif, favorisant des effets durables en construction identitaire. Un véritable deux pour un.
La résilience et les milieux éducatifs
Et la prochaine étape pour Julia? Elle souhaite poursuivre ses recherches sur la résilience, mais cette fois, sur le personnel enseignant. «J’ai hâte d’explorer la résilience et la passion qui les rattachent à cette profession tellement importante», confie-t-elle.
Au fait, la revue Éducation et francophonie, c’est quoi?
Éducation et francophonie est une revue scientifique arbitrée, publiée par l’ACELF, qui présente des résultats de recherche inédits sur l’éducation en langue française. Depuis plus d’un demi-siècle, elle contribue à l’avancement des connaissances en éducation francophone au Canada et stimule la réflexion des leaders du domaine. Les thèmes qu’elle aborde touchent tous les ordres d’enseignement et font appel à la contribution de chercheuses et chercheurs à travers la francophonie canadienne et internationale. Son numéro «Répercussions de la COVID-19 sur les actrices et les acteurs des systèmes éducatifs», paru à l’automne 2025, a pour objectif de mieux comprendre les répercussions de la crise de la COVID-19 sur les systèmes éducatifs et sur leurs actrices et acteurs.
La francosphère en action
Inspirer. Informer. Donner tout plein d’idées. Notre blogue met en valeur les meilleures pratiques en matière de construction identitaire pour alimenter la francosphère.















