Une éducation autochtone plus authentique, un choix à la fois
Pensez au matériel pédagogique que vos élèves utilisent en classe: manuels, balados, vidéos, romans, etc. Comment les Premiers Peuples y sont-ils représentés? Est-ce toujours de façon authentique?
Nos pratiques éducatives en matière d’éducation autochtone évoluent. Au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, une équipe en éducation autochtone soutient le personnel enseignant dans cette démarche. Lors du congrès 2025 de l’ACELF, Marie-Pier Fortin et Geneviève Fortier, deux enseignantes en affectation spéciale au sein de cette équipe, ont donné un atelier concret sur les façons de sélectionner des ressources authentiques et respectueuses en matière de représentation. Voici le processus et les outils qu’elles proposent pour enrichir votre pratique!
Note : Comme durant l’atelier, le terme autochtone est employé ici de manière volontaire afin de désigner les nombreux peuples autochtones à travers le monde.
Un choix qui compte à chaque fois
Selon Marie-Pier et Geneviève, la première étape en matière d’éducation autochtone, est d’apprendre à désapprendre – ou simplement d’apprendre pour combler les trous dans nos connaissances. Les versions de l’histoire des peuples autochtones présentées dans les manuels scolaires ont bien sûr évolué. Mais sont-elles aujourd’hui exemptes de préjugés? Représentent-elles fidèlement les perspectives autochtones? Il reste du chemin à parcourir.
En choisissant des ressources authentiques et culturellement respectueuses, nous donnons la chance à nos élèves de mieux comprendre les réalités de l’histoire du Canada. Cette compréhension constitue la base de la reconnaissance et de l’engagement. Découvrir les enjeux passés et actuels, apprécier les richesses culturelles des communautés autochtones, c’est avancer sur le chemin de la réconciliation. Comme le rappellent Marie-Pier et Geneviève : «c’est un long parcours, mais chaque pas compte.»
Trois incontournables pour faire votre sélection
Si vous croisez un livre publié en 1992 qui s’intitule Les Indiens d’Amérique, avec une illustration caricaturale en couverture, vous l’éviterez probablement. Mais au-delà de l’évidence, comment déterminer si une œuvre représente les communautés autochtones de façon juste et respectueuse ?
Marie-Pier et Geneviève suggèrent de s’appuyer sur trois critères essentiels :
1. L’authenticité de la démarche
L’auteur ou l’autrice est membre reconnu d’une communauté des Premières Nations, des Métis ou des Inuit et entretient des liens avec celle-ci. Si ce n’est pas le cas, la personne a travaillé en collaboration avec les communautés concernées et a obtenu leur consentement pour traiter du sujet. L’œuvre a été publiée au Canada après 2010.
2. La pertinence du contenu
Le contenu aborde des enjeux actuels tout en présentant des perspectives historiques et contemporaines des Premiers Peuples. On peut penser, par exemple, aux répercussions des traumatismes intergénérationnels liés aux pensionnats. L’œuvre devrait idéalement inclure une ou plusieurs langues autochtones, ou intégrer une terminologie issue de ces langues. Attention: elle ne devrait pas divulguer d’enseignements ou de pratiques sacrées. Il revient aux Premiers Peuples de décider ou non de les partager.
3. La qualité de la représentation
Les termes utilisés sont actuels et respectueux. On évite les caricatures, les généralisations, les stéréotypes, les perspectives coloniales ou le récit du «sauveur blanc». L’œuvre met en valeur la présence contemporaine et la vitalité des communautés autochtones.
Des outils pour bien s’orienter
Le Web regorge de sites, de guides et de ressources pour vous aider dans votre réflexion au moment de choisir du matériel pédagogique. Mais avant de chercher plus loin, vous pouvez aussi vous tourner vers votre propre milieu.
Votre milieu éducatif offre peut-être déjà des recommandations ou des personnes-ressources pour soutenir une éducation autochtone respectueuse. Vous pouvez aussi vous inspirer des guides utilisés par les ministères, les agences gouvernementales ou les universités de votre province ou territoire. Vous pouvez aussi échanger sur le sujet avec des organismes de sensibilisation et d’éducation aux réalités autochtones. Et, bien sûr, si vous le pouvez, parler directement avec des membres des communautés.
Ouvrir des portes
Il suffit parfois d’un conte, d’un balado ou d’un roman pour éveiller la curiosité des jeunes. De cette soif de découvertes naît une compréhension plus riche des réalités et des perspectives autochtones. Et de son rôle en tant qu’allochtone. Une foule de portes s’ouvrent alors. Par exemple, le conte Pourquoi les Orignii-Waabigwan ont-elles des épines? sur la plateforme Lio, permet d’écouter une conteuse anishinaabe, de faire découvrir des mots en anishinaabemowin et de sensibiliser les jeunes à travailler en harmonie avec la Terre.
Choisir une ressource respectueuse, c’est contribuer à déconstruire les biais, à favoriser la sécurisation culturelle et à faire avancer le processus de réconciliation. C’est un pouvoir d’action bien réel. Un choix à la fois.
Le saviez-vous?
Les outils utilisés par le personnel enseignant sont d’ailleurs directement visés par l’appel à l’action 62 de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada (CVR). Cet appel souligne l’importance d’offrir aux élèves une éducation qui reflète fidèlement les réalités, les perspectives et les histoires des autochtones.

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