Les multiples visages du personnel enseignant non légalement qualifié
Comment votre milieu éducatif fait-il face à la pénurie de personnel enseignant qui se prolonge depuis plusieurs années?
Probablement, entre autres, en faisant appel à des personnes qui ne répondent pas à tous les critères établis par le système pour enseigner. Suppléants non qualifiés, enseignants communautaires, personnel enseignant non légalement qualifié (PENLQ). Même si les appellations pour désigner ce groupe de personnes varient grandement à travers la francophonie internationale, leurs réalités se rejoignent sur plusieurs points. Vous êtes-vous déjà demandé quel est le parcours de ces gens? Quelles sont leurs conditions de travail? Et quel est leur impact sur la réussite et l’épanouissement des élèves?
Plusieurs pistes de réponses se trouvent dans le numéro du printemps 2026 de la revue scientifique Éducation et francophonie. Intitulé Le personnel enseignant non légalement qualifié dans la francophonie canadienne et internationale, ce numéro est codirigé par Matthieu Josselin et par Alice Fomen de l’Université de l’Ontario français ainsi que par Laurie Carlson Berg de l’Université de Regina. L’équipe du blogue Francosphère s’est entretenue avec Alice Fomen pour mieux comprendre les différents enjeux entourant le recours au PENLQ.
Non légalement qualifié, mais tout de même compétent
«L’enseignant·e, c’est un facteur très déterminant dans la réussite scolaire de l’élève», explique Alice. Avec le recours grandissant au PENLQ, à travers la francophonie, il devient essentiel de s’intéresser au profil de ces personnes, à leurs conditions de travail et à leur développement professionnel pour mieux comprendre leur impact sur l’épanouissement et la réussite des élèves.
C’est d’abord en s’intéressant aux profils des personnes qui travaillent sous l’appellation PENLQ qu’Alice remarque la grande variété de leur parcours de vie. Des personnes encore en cours de formation en enseignement. D’anciens enseignants et enseignantes à la retraite qui reviennent donner un coup de main. Des personnes formées à l’étranger dont les équivalences sont en cours. Des personnes en réorientation de carrière. Et bien d’autres parcours qui font que la personne est qualifiée pour enseigner la matière. Comme le dit Alice : «Qui dit personnel non légalement qualifié ne dit pas forcément que cette personne n’a pas la qualification pour enseigner à l’élève ou n’est pas compétente.»
Des défis en raison d’iniquités
Même si le personnel est qualifié, le recours au PENLQ a un impact sur la qualité de l’apprentissage des élèves. Pourquoi? C’est en partie en raison d’enjeux d’équité. N’importe quelle enseignante ou enseignant qui n’a pas le soutien de son institution ni l’accès aux ressources et à de la formation continue aura du mal à assurer la réussite scolaire de ses élèves.
Le PENLQ a souvent des conditions de travail très précaires, que ce soit dans la francophonie canadienne ou internationale. Alice explique que ces personnes ont souvent moins accès à des avantages offerts au personnel enseignant légalement qualifié. Et pas seulement pour de la formation. Comme le recours au PENLQ se fait parfois à la dernière minute, et de façon ponctuelle, ces personnes n’ont pas le temps de se préparer et s’outiller avant d’arriver en classe. De plus, leur accueil nécessiterait un accompagnement supplémentaire de la part du personnel de l’école pour les aider à s’orienter. Ce qui n’est pas toujours fait dans les milieux éducatifs. Et si la personne ne travaille pas souvent dans le même milieu scolaire, elle ne connaîtra pas les routines de socialisation du reste du personnel et risque de souffrir d’isolement.
Au Canada et dans d’autres pays, le PENLQ doit faire face à un manque de reconnaissance et de légitimité. Pourtant, dans certaines communautés, la perception de ce groupe de personnel enseignant est très positive. Alice donne l’exemple de certaines régions d’Afrique où les parents contribuent financièrement au recrutement de ces personnes, car ils voient les impacts positifs de leur présence sur leurs enfants. C’est aussi dans ces régions qu’on trouve des appellations comme enseignants communautaires et enseignants vacataires, qui sont plus valorisantes que celles utilisées au Canada, par exemple, où le PENLQ est moins reconnu. Elle souligne qu’appeler un groupe de personnes non légalement qualifié pourrait amener des jugements simplistes: «on peut utiliser un terme, mais il ne faut pas perdre de vue la complexité du phénomène qui se cache derrière.»
Du soutien qui peut mener loin
Pour assurer la réussite éducative et l’épanouissement des élèves, il faut réfléchir aux moyens mis en place pour soutenir le PENLQ. Et c’est d’autant plus vrai avec la pénurie de personnel enseignant qui perdure. Le PENLQ fait partie intégrante du paysage éducatif des élèves. Si nous voulons assurer la réussite éducative de ces derniers, il faut soutenir adéquatement toutes les personnes qui leur enseignent. C’est pour cela qu’Alice prône la diffusion de la recherche comme principal moyen de soutenir le personnel enseignant non légalement qualifié. En comprenant mieux leurs réalités, il est plus facile de leur offrir des formes de soutien adaptées.

Poursuivre la réflexion
Le numéro de la revue compte 9 articles. Selon Alice, c’est un bon point de départ. Mais est-ce que c’est suffisant pour saisir toute la complexité entourant le phénomène du PENLQ? Probablement pas. Comme la recherche permet d’améliorer le bien-être, non seulement du PENLQ, mais aussi de tous les acteurs et les actrices des systèmes éducatifs, il est essentiel de poursuivre la réflexion. Autant pour les chercheuses et les chercheurs que pour le personnel des milieux éducatifs. Et si vous ne savez pas par où commencer, le numéro de la revue peut vous servir de point de départ. «La richesse aussi de ce numéro vient du fait qu’il propose justement de nombreuses pistes de réflexion, de nombreux sujets de recherche qui pourraient être exploités pour le futur», souligne Alice.
Au fait, la revue Éducation et francophonie, c’est quoi?
Éducation et francophonie est une revue scientifique arbitrée, publiée par l’ACELF, qui présente des résultats de recherche inédits sur l’éducation en langue française. Depuis plus d’un demi-siècle, elle contribue à l’avancement des connaissances en éducation francophone au Canada et stimule la réflexion des leaders du domaine. Les thèmes qu’elle aborde touchent tous les ordres d’enseignement et font appel à la contribution de chercheuses et chercheurs à travers la francophonie canadienne et internationale. Son numéro «Le personnel enseignant non légalement qualifié dans la francophonie canadienne et internationale», paru au printemps 2026, porte sur les enjeux entourant le recours au PENLQ, en mettant en lumière les caractéristiques des personnes occupant ce type de poste ainsi que les pratiques institutionnelles et les discours sociétaux à leur sujet.
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