Quand le jardin scolaire devient une passion communautaire

13 février 2026
par Francosphère

Et si apprendre se faisait dans un environnement apaisant, participatif, collaboratif et rassembleur? La réponse pourrait bien pousser dans votre cour d’école… Bienvenue dans le jardin scolaire! 

Lorsque Karine Céré, conseillère pédagogique au sein de l’équipe de la Réconciliation et de l’Éducation autochtone, et Marie-Pascale Brown, enseignante de la maternelle à la 3ᵉ année au Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique, ont lancé leur projet de jardin scolaire, elles étaient loin de s’imaginer tout l’enthousiasme qu’il allait susciter. Comme les graines portées par le vent, la passion du jardinage s’est rapidement répandue chez les élèves, les familles et la communauté. 

«Juste être dehors, respirer l’air frais, mettre nos mains dans la terre… c’est vraiment merveilleux pour les adultes comme pour les enfants», explique Marie-Pascale. «Tout le monde peut participer, devenir compétent dans une habileté; c’est vraiment excellent pour le sentiment de fierté et d’appartenance de nos élèves», ajoute Karine. 

Enseigner toutes les matières… à l’extérieur 

Karine et Marie-Pascale se sont rencontrées dans le cadre d’un programme de mentorat, une pratique qui connaît beaucoup de succès dans les milieux. Elles ont été jumelées pour leur passion commune de l’enseignement à l’extérieur. De leurs échanges est née l’idée de permettre aux élèves de connecter avec la nature tout en enseignant le curriculum. Elles pensent alors au jardinage. «Je ne sais pas d’où m’est venue la folle idée de faire un jardin. Je tue toutes mes plantes!», confie Marie-Pascale en riant. «Mais j’ai souvent entendu que les meilleurs profs dans le jardin, ce sont ceux qui n’y connaissaient rien à la base. Parce qu’ils apprennent avec les élèves», ajoute-t-elle. 

L’environnement du jardin permet d’enseigner et d’évaluer les différentes matières grâce à sa grande flexibilité. Calculer des angles ou une aire de surface. Écrire le nom des plantes sur des bâtons. Faire des affiches pour une vente de produits. Étudier la photosynthèse ou le cycle de l’eau. Apprendre à travailler en collaboration et à organiser son travail. Ou simplement faire une évaluation à l’extérieur. Les possibilités sont infinies!

Un véritable travail d’équipe 

Bien que les deux enseignantes aient obtenu des bourses, leur jardin n’aurait pu être ce qu’il est aujourd’hui sans le soutien de la communauté. Dès le début, tout le monde a démontré un grand enthousiasme pour ce projet. Surtout les élèves. Dans toutes les étapes de la planification et de la préparation, ils et elles étaient impliqués. «C’est pour ça qu’ils se sentent bien dans leur jardin; ils sentent que c’est le leur», explique Marie-Pascale. Les jeunes prennent soin de leur environnement, autant par la prise de décision que par l’entretien et la vente des produits et des surplus de graines au marché.    

Récolter les bienfaits 

L’enseignement dans le jardin offre un cadre informel et inclusif, qui favorise l’apprentissage, dont la communication orale. Les adultes comme les enfants bénéficient de cet environnement. «C’est vraiment fantastique pour atteindre tous nos élèves. Surtout pour ceux ou celles avec un trouble d’apprentissage, comme le TDAH. J’ai vu ces élèves-là briller et développer leur leadership», partage Karine. Cette flexibilité est aussi un outil extraordinaire pour les classes multiniveaux. Les activités sont facilement adaptables selon le niveau de l’élève. Par exemple, pour un même sachet, on peut calculer le nombre de graines à y insérer ou le prix auquel on doit le vendre au marché. Tout le monde contribue à sa façon à un même projet. Ce bien-être se reflète dans l’ambiance apaisante qui habite le jardin.  

Partager les bienfaits 

Une des plus grandes richesses de ce projet est l’implication des familles et de la communauté. Dans les communautés francophones, il est essentiel de créer des expériences significatives, comme celle-ci, qui laisseront leurs marques dans le parcours identitaire des jeunes. Avec l’aspect du marché, les occasions d’interactions entre tous les actrices et les acteurs sont nombreuses. Mais le plus important encore, les enfants développent un sentiment d’appartenance à la communauté. Et la communauté développe un sentiment d’appartenance au milieu scolaire. 

Les familles aussi participent. «Beaucoup se sont mises à jardiner, parce que les enfants ont rapporté cet intérêt-là à la maison», confie Marie-Pascale. Les enfants partagent leurs apprentissages avec leurs parents et expérimentent avec eux. C’est aussi une occasion d’échanges entre l’école et la famille. Les élèves rapportent même parfois des solutions de la maison pour résoudre un problème dans le potager scolaire.    

Bien plus que des apprentissages scolaires 

Le jardin favorise aussi l’entraide, la curiosité et bien d’autres compétences essentielles qui ne sont pas toujours enseignées à l’école. «Quand on a commencé ce projet, on n’avait pas pensé au fait que les enfants n’apprennent plus ces habilités plus concrètes, qui vont les aider toute leur vie, à l’école», explique Karine. En dehors des ressources socio-émotionnelles, les élèves développent d’autres habiletés concrètes, comme le jardinage et la construction, qui vont les aider toute leur vie. Et le plus beau, c’est que les familles et les membres de la communauté développent aussi leurs compétences grâce à leur implication dans le projet.  

«C’est vraiment touchant de voir cette passion-là qu’on a créée à travers nos communautés scolaires», conclut Karine. 

Pour une approche concrète de l’enseignement dans le jardin, consultez le livre Jardiner à l’école rédigé par Marie-Pascale et Karine.   

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