Prendre conscience de son parcours identitaire pour oser agir 

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12 mai 2026
par Francosphère

Avez-vous déjà pris conscience de votre pouvoir d’action? De l’influence que vous exercez dans votre milieu?

C’est cette prise de conscience que Paule Buors veut déclencher chez le futur personnel enseignant lorsqu’elle anime nos ateliers sur la construction identitaire dans les facultés d’éducation. Pourquoi? Parce que c’est un point de bascule pour mieux comprendre son rôle dans la construction identitaire des jeunes francophones. Et pour se sentir en confiance dans ses interventions. Le parcours universitaire constitue d’ailleurs un moment privilégié pour amorcer cette réflexion essentielle. «Dans une heure d’atelier, personne ne devient expert en construction identitaire. Mais les étudiantes et étudiants repartent en se disant : «je peux contribuer, il y a une place pour moi», témoigne Paule.

Un regard nouveau sur son propre parcours

L’université est une période propice à l’introspection. Pour le futur personnel enseignant, c’est l’occasion de porter un regard neuf sur les expériences vécues durant son parcours scolaire, à l’école comme ailleurs. Et d’en reconnaître l’impact sur sa propre construction identitaire. Cette démarche permet non seulement de mieux comprendre son cheminement personnel, mais aussi de prendre conscience des enjeux propres au contexte francophone minoritaire. À l’université, elle permet aussi d’intégrer l’introspection à sa pratique dès le début de sa carrière. Mais cette démarche peut se vivre (ou se revivre) à n’importe quel moment de la vie. Durant ses ateliers, Paule partage notamment une expérience marquante vécue lors de sa participation aux Stages de perfectionnement de l’ACELF: «Je leur parle du moment où j’ai compris que je parlais français, mais que je vivais surtout en anglais. Cette prise de conscience-là a changé ma façon de voir mon rôle comme enseignante et comme parent.»

Comme elle le souligne, devenir conscient de ces enjeux permet de constater leur influence sur soi, mais aussi sur ses futurs élèves. L’objectif n’est pas de montrer du doigt, mais de reconnaître l’impact de l’environnement sur son cheminement. Et surtout, de sa propre capacité d’agir sur cet environnement. Au fil des réflexions, le futur personnel enseignant découvre la construction identitaire comme un processus vivant, déjà en marche dans leur quotidien et celui de leurs futurs élèves. À cet effet, le tableau évolutif de la construction identitaire est un excellent outil pour visualiser où le futur personnel enseignant, et, plus tard, leurs élèves se situent dans leur processus.

Série Comprendre la construction identitaire, fascicule 2 Les itinéraires identitaires, p.5 

Passer de la théorie à la pratique

Bien que la construction identitaire puisse se vivre à tout moment, il ne faut pas la laisser au hasard dans les milieux éducatifs francophones. La façon de l’intégrer à la pratique peut sembler abstraite au début. Paule le sait bien. Durant ses ateliers, elle explique comment miser sur l’intention et la cohérence pour faire vivre la construction identitaire aux élèves.

L’intentionnalité dans la planification

Tout au long de leur formation, les étudiantes et étudiants en enseignement réalisent de nombreuses planifications de leçons et d’activités pédagogiques. Pour Paule, ce sont des occasions d’apprendre à planifier autour d’une intention de construction identitaire et de découvrir des ressources sur lesquelles s’appuyer. Le tableau évolutif de la construction identitaire appliquée à l’intervention et les principes directeurs de l’ACELF en sont de bons exemples. Avec le temps et la pratique, planifier autour d’une intention de la construction identitaire devient beaucoup plus naturel.

Série Comprendre la construction identitaire, fascicule 3 L’intention pédagogique, p.9 

S’inspirer de ses propres modèles

Lors de ses ateliers, Paule observe souvent une prise de conscience importante: «Les étudiantes et étudiants réalisent qu’ils ont eu des modèles, souvent leurs enseignants. Maintenant, eux aussi deviennent des modèles pour leurs élèves.»

Savoir que nous sommes un référent pour les jeunes francophones est une chose. Savoir quel genre de référent nous sommes en est une autre. Cette réflexion appelle encore à l’introspection. Pour y arriver, Paule propose d’observer son «panier francophone». Une façon imagée de voir les différentes composantes de son identité.

Nous avons tous plusieurs paniers identitaires (langues, cultures, expériences, etc.). Chacun a besoin d’être nourri. En observant le contenu de son panier francophone, les étudiantes et étudiants sont amenés à se poser des questions essentielles :

  • Qu’est-ce que leurs modèles ont déposé dans ce panier, et comment?
  • Que souhaitent-ils transmettre à leur tour?
  • Quels objets, gestes ou expériences concrètes peuvent-ils apporter dans leur salle de classe?
  • Comment permettre aux élèves de se percevoir comme actrices et acteurs de la francophonie?

 

Prendre conscience de son rôle de transmission permet de devenir un meilleur modèle. Cet exercice est encore plus riche en contexte plurilingue. Il démontre que de nourrir un panier identitaire n’est pas d’appauvrir les autres, mais de faire un choix conscient. «Quand on tombe dans le bilinguisme ou le plurilinguisme, on ajoute des couleurs. On ne voit plus le monde seulement en noir et blanc. Reconnaître que l’anglais fait partie de qui ils sont permet aux jeunes de mieux investir leur identité francophone», explique Paule.

Regarder derrière pour mieux avancer

Mieux comprendre son propre processus de construction identitaire permet d’accompagner avec plus d’assurance les jeunes dans le leur. Reconnaître l’influence de son environnement et des personnes marquantes de son parcours, c’est prendre conscience de son pouvoir d’action.

Faire ce travail de réflexion durant ses études en enseignement permet d’entrer en salle de classe en confiance, sachant que la construction identitaire peut se vivre à travers de petites choses, pour autant qu’elles soient intentionnelles.

À propos des ateliers de l’ACELF dans les facultés d’éducation

Les ateliers dans les facultés d’éducation permettent d’aborder le sujet de la construction identitaire auprès des étudiantes et étudiants en éducation de langue française. Chaque atelier est animé par une formatrice ou un formateur spécialiste en éducation et est réalisé par notre association, dans chacune des facultés d’éducation partenaires. L’initiative reçoit l’appui financier du gouvernement du Canada.

La francosphère en action

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