Quand l’oral devient moteur de socialisation et d’apprentissage

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2 février 2026
par Nicole Arsenault - L'École branchée

Dans les salles de classe où le français côtoie bien d’autres langues, chaque moment de parole devient précieux. Au congrès 2025 de l’ACELF, l’atelier «Quand l’oral est au service de la socialisation et de l’interaction à l’intermédiaire» met de l’avant les multiples bienfaits de l’oral. Guidés par Valérie Vielfaure, conseillère pédagogique en français — immersion au Bureau de l’éducation française du Manitoba, les congressistes ont redécouvert la puissance de l’oral pour créer des liens, apaiser des peurs et ouvrir des portes à ceux qui hésitent encore à prendre la parole. Un atelier qui résonne longtemps, parce qu’il touche à l’essentiel: redonner confiance aux élèves… et parfois aussi au personnel enseignant.

L’oral : un outil pour lire, écrire… et s’ouvrir aux autres

Dès les premières minutes, que l’oral soutient la lecture et l’écriture : il permet d’explorer, de reformuler et de construire le sens avant même de coucher les mots sur papier. Dans un environnement où les occasions de parler français sont moins fréquentes, il devient essentiel d’outiller les élèves pour qu’ils osent s’exprimer, même imparfaitement.

Pour y arriver, Valérie a proposé de «dédramatiser l’oral», une expression notamment chère au chercheur et professeur titulaire en didactique du français à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Christian Dumais*, duquel elle s’inspire beaucoup. Puisque l’oral est souvent perçu par les élèves comme une épreuve plutôt qu’un moment d’échange, elle base ses idées sur ses expériences comme enseignante et selon les recherches de Dumais. Elle invite donc le personnel enseignant à normaliser l’erreur, à modéliser eux-mêmes des hésitations, des reprises ou des pauses: «L’oral, c’est vivant. L’erreur est une étape naturelle de l’apprentissage.»

*Christian Dumais s’exprime sur le sujet de l’oral à l’école dans l’article L’oral à l’école… bien plus qu’un exposé.

Identifier les obstacles pour mieux les contourner

Avant de bâtir la confiance, il faut comprendre ce qui freine la prise de parole. Valérie a recensé plusieurs obstacles fréquents:

  • le manque de vocabulaire ou de référents culturels;
  • la peur du jugement ou du ridicule;
  • un climat de classe peu sécurisant;
  • le manque de motivation ou de pratique;
  • les attentes irréalistes («il faut être parfait», «il faut parler seulement en français», «il faut être drôle»).


Exemple pour enrichir le vocabulaire en lien avec la matière à l’étude

Pour contourner ces obstacles, Valérie propose de créer un espace sécurisant et ludique où chacun peut parler sans craindre l’erreur ni le jugement des autres.

Jeux, improvisation et discussions authentiques

Lors de son atelier, Valérie a partagé plusieurs stratégies concrètes pour faire parler les élèves au quotidien:

  • Le jeu Zip Zap: les élèves sont assis en cercle, le meneur du jeu est au centre. Si ce dernier dit «Zip» en pointant un élève, ce dernier doit dire le nom de l’élève à sa gauche. S’il dit «Zap», il faut nommer la personne à sa droite, en ajoutant progressivement des caractéristiques physiques ou linguistiques. Ce jeu brise la glace, encourage la spontanéité et crée un esprit de groupe.
  • Les jeux de rôle: inspirés d’images, de mises en situation ou de personnages inventés (comme un rat qui parle à un chef de cuisine!), ils offrent aux élèves l’occasion d’explorer différentes façons de s’exprimer tout en s’amusant.
  • L’improvisation guidée: en donnant un scénario de départ, les élèves sont incités à le modifier pour le rendre plus naturel. Sans s’en rendre compte, ils développent leur fluidité et leur confiance.
  • Les discussions autour de textes, chansons ou images: qu’il s’agisse d’un texte littéraire, d’un article d’actualité ou des paroles d’une chanson francophone choisie par les élèves, ces échanges stimulent les réactions personnelles et amènent les élèves à comprendre et à interpréter ensemble ce qu’ils lisent ou entendent.

 

Pour le personnel enseignant qui cherche à renouveler leurs pratiques, la conférencière a également mentionné des outils accessibles comme Gynzy (plateforme sans publicité pour trouver des supports visuels et vidéo) et la création de listes de lecture (playlists) francophones pour susciter l’intérêt des jeunes.

 

Le double rôle de l’oral

Valérie insiste sur l’importance du modelage: le personnel enseignant montre comment réfléchir à voix haute, organiser ses idées, utiliser des mots de liaison ou formuler une opinion («à mon avis», «ce que je remarque…»). Des tableaux d’ancrage visibles ou des murs de mots permanents aident aussi à maintenir le vocabulaire vivant dans la classe.

Des liens avec le vécu des élèves

Pour que la parole prenne tout son sens, elle doit résonner avec le vécu des élèves.  Pour les encourager à s’exprimer durant une activité, Valérie encourage à choisir des thèmes contemporains ou des œuvres qui parlent à leur réalité, plutôt que de s’en tenir à du matériel ancien. Les discussions sur les dénouements, les valeurs ou la morale d’une histoire, par exemple, deviennent alors des occasions authentiques de réflexion et de socialisation.

Une activité marquante consiste à travailler sur l’histoire sans fin: les élèves plus âgés inventent et racontent une suite destinée à un public plus jeune. En plus de stimuler la créativité, cet exercice renforce la responsabilité linguistique et la fierté d’être un modèle francophone.

Une vision inclusive et inspirante

Au cœur de la démarche de Valérie, il y a la conviction que l’oral est un outil d’inclusion, de socialisation et de construction identitaire. Parler français à l’école, c’est plus que pratiquer une langue: c’est prendre sa place dans une communauté.

À propos de l’auteure

Déléguée pédagogique pour l’École branchée et originaire elle-même d’une région minoritaire francophone de l’Île-du-Prince-Édouard, Nicole possède une compréhension approfondie des enjeux et des obstacles liés à la construction identitaire. Son propre vécu l’a conduit à surmonter des cicatrices langagières et à apprécier l’importance de cultiver la résilience linguistique. Nicole a une passion particulière pour accompagner les acteurs de l’éducation dans l’ensemble de la francophonie canadienne, en les aidant à trouver des solutions aux nombreux défis auxquels ils sont confrontés, notamment ceux liés au domaine numérique.

À propos de L’École branchée

 L’École branchée, média spécialisé en pédagogie, agit pour la réussite éducative à l’ère du numérique en nourrissant le développement professionnel et en renforçant la littératie numérique des acteurs de l’éducation par la veille et la diffusion d’information pertinente et la formation continue.

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